ANNIE BAILLARGEON

BIOGRAPHIE

(b. 1978)

Entre les différents média utilisés et les dualités inhérentes à la réalité de la femme artiste, Annie Baillargeon compose avec la discordance afin de trouver un équilibre. L’environnement dans lequel les personnages se retrouvent les contraint à agir parfois contre, parfois avec ce même environnement. Chaque œuvre apparaît comme une scène où s’y raconte la constitution de cet équilibre. Forte d’une longue expérience en performance en tant que co-fondatrice du collectif Les Fermières obsédées et, plus récemment, du collectif B.L.U.S.H., Baillargeon compose des images qui intègrent des corps performatifs à des environnements photographiques. Bien que les deux pratiques partagent un imaginaire proche, le travail en solo prolonge le travail en collectif en approfondissant l’aspect introspectif et réflexif. Pour ce faire, elle met en scène devant une caméra des personnages en action qui, grâce à des techniques de photomontages, sont ensuite multipliés, parfois délocalisés et disloqués. Les costumes, les décors et les accessoires qui évoquent souvent la décrépitude, la mort ou le transitoire, fournissent, avec chaque nouveau corpus, différents contextes avec lesquels l’artiste et ses personnages doivent interagir. Ainsi, non seulement on retrouve dans le travail pictural l’aspect révolté, torturé, féministe, festif, voire burlesque qui fait la force de ses performances, mais aussi on y retrouve une approche plus personnelle et étoffée qui permet d’aborder la condition de la femme artiste, la maternité et son héritage religieux. Après la constitution des images et leur impression, l’artiste intervient directement sur ces assemblages photographiques avec de la peinture. Cette manipulation finale ouvre à nouveau le dialogue entre le corps et l’image pour l’intensifier. En même temps qu’elle ajoute une nouvelle dimension, celle du rêve et de la fabulation, la peinture vient réinterpréter la corporalité de l’oeuvre et les corps qui y sont présentés. Dans ce geste et sa trace, se rejouent le mouvement initial du corps performatif et de son identité qui échappent et sans cesse doit être ressaisie.

 

Texte : Émile Jalbert

Site: anniebaillargeon

Capsule Video : ratsdeville@quebec ~ Annie Baillargeon